mardi 20 juillet 2021

Quatuor Tchalik
Dania Tchalik
piano

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© Julien Daniel
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Journée
Saint-Saëns #100


CAMILLE SAINT-SAËNS
1835–1921
Quatuor à cordes en mi mineur op. 112


EUGÈNE YSAŸE
1858–1931
Amitié, poème pour 2 violons et piano op. 26


CAMILLE SAINT-SAËNS
1835–1921 / EUGÈNE YSAŸE 1858–1931
Caprice d’après l’Étude en forme de valse op. 52

Quatuor Tchalik
Gabriel Tchalik & Louise Tchalik, violons
Sarah Tchalik, alto
Marc Tchalik, violoncelle

Dania Tchalik, piano

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L’ami Ysaÿe

Le deuxième concert de cette journée Saint-Saëns est placé sous le signe de l’amitié : celle qui lia Saint-Saëns à une autre personnalité musicale d’exception : le violoniste virtuose et compositeur belge Eugène Ysaÿe, qui connut une gloire égale à celle de Saint-Saëns en son temps et celle qui lia Ysaÿe au critique Théodore Lindenlaub. Disciple des immenses violonistes Wieniawski et Vieuxtemps, Ysaÿe sera également parrainé par un autre virtuose glorieux : Joseph Joachim qui l’introduit dans les cercles allemands. Hors même sa production musicale de haute qualité (dont Six sonates pour violon seul qui ont fait sa gloire en tant que compositeur), Ysaÿe mène une carrière éblouissante, ce dont témoignent de grandes amitiés et dédicaces : c’est à lui que César Franck dédiera sa Sonate pour violon et piano et Saint-Saëns le Quatuor au programme de ce concert (mais aussi Debussy le sien, entre autres très nombreuses marques d’estime et d’amitié). Il crée en 1937 le Concours Ysaÿe qui deviendra le Concours « Reine Elisabeth » en 1951.

Camille Saint-Saëns : Quatuor n° 1 en mi mineur op. 112

En janvier 1900, alors que le Quatuor op. 112 vient d’être créé, le critique musical Pierre Lalo (1866–1943) écrit : « Il y a quelques années, un musicien, s’étonnant que l’œuvre infiniment diverse de M. Saint-Saëns, ne contînt pas de quatuor à cordes, lui demandait quand il se déciderait à en écrire un. « Pas encore, répondit M. Saint-Saëns ; on ne peut faire un quatuor à cordes qu’à vingt ans, lorsqu’on a l’ignorance et la témérité de la jeunesse, ou à soixante, lorsqu’on possède une expérience consommée et qu’on n’ignore plus rien de son art. Je n’en suis pas encore là, nous verrons plus tard. »

Ce n’est donc qu’à l’âge de soixante-quatre ans que Saint-Saëns se décide, selon ses termes, à « tricoter » enfin un premier quatuor (il composera le second à 83 ans, en 1918). « Si je n’avais pas fait ce quatuor, les esthéticiens auraient tiré de cette lacune un tas de déductions…», écrit le compositeur à son éditeur. Avec cette première contribution au genre, Saint-Saëns écrit d’emblée un chef‑d’œuvre. Le grand lyrisme de son premier mouvement, les aspects schumanniens de son écriture, l’ampleur des lignes mélodiques déployées : tout cela forme un héritage magnifique au corpus beethovénien de quatuor – Saint-Saëns parlait des « terribles quatuors de Beethoven », laissant entendre combien était intimidant ce corpus d’exception.

Le deuxième mouvement est d’une exubérance tragique tout aussi extraordinaire, tout en semblant ancré dans le souvenir de Haydn. Rappelons ici que Saint-Saëns a été tout au long de sa vie un grand médiateur de la musique classique et romantique allemande, en un temps (en particulier autour des années 1870) où l’anti-germanisme avait de nombreux adeptes en France, y compris sur le plan musical. Le troisième mouvement rappelle l’esprit de ces mouvements lents beethovéniens pleins d’une grandeur quasi métaphysique (celui de la Sonate pour piano op. 106 de Beethoven dite Hammerklavier, par exemple) et le finale clôture l’œuvre avec une intensité émotionnelle tout aussi importante. Dédié à son ami le compositeur belge Eugène Ysaÿe, le Quatuor op. 112 a été créé (avec Ysaÿe au premier violon) aux Concerts Colonne le 21 décembre 1999.

« La voix intérieure… ou rien ! »

« J’ai rêvé cette nuit que je voyais un catalogue thématique des quatuors de Beethoven : or, une fois réveillé je me suis aperçu que pas un des thèmes ne m’était connu. Je les ai tous oubliés, — mais c’est un rêve précurseur, il est probable qu’un jour ou l’autre quelque chose reviendra. Il faut du temps, de la patience, de la tranquillité surtout. Cette vie de Paris, tous ces gens qui viennent des 4 points cardinaux se jeter sur moi comme des mouches, je ne peux plus les supporter. Quant à fabriquer de la musique comme on fait des chaussons de lisière, c’est une humiliation que je ne supporterai jamais ! La voix intérieure comme par le passé, ou rien. »
(Saint-Saëns à son éditeur Jacques Durand — Alger le 10 avril 1889)

Eugène Ysaÿe : Amitié pour deux violons et piano op. 26

La version originale de l’œuvre (sous le titre de Poème de l’amitié) est pour deux violons et orchestre et son titre n’évoque pas la relation amicale du compositeur avec Saint-Saëns, mais avec Théodore Lindenlaub, critique musical du journal Le Temps, qui fut le conseiller et le guide du virtuose dans maintes occasions. « C’est encore l’idée du duo, écrit Ysaÿe, mais ici la pensée est libre, et on la laissera s’égarer dans le vaste champ des heureux et doux souvenirs combien variés ! d’une amitié pure qui a bientôt cinquante ans d’âge et dont les sentiments, meilleurs, plus sûrs, moins fragiles que ceux de l’amour sont chez moi et chez celui à qui l’œuvre est dédiée, indestructibles. »

Camille Saint-Saëns / Eugène Ysaÿe : Caprice d’après l’Étude en forme de valse op. 52

Hors même leur amitié, la rencontre de deux virtuoses d’exception tels que le pianiste Camille Saint-Saëns et le violoniste Eugène Ysaÿe (tous deux célébrés dans le monde entier par leurs tournées et leurs récitals) suscita en 1900 la composition d’une pièce doublement éclatante, puisqu’elle associe à la virtuosité initiale de l’Étude en forme de valse op. 52, composée par Saint-Saëns en 1877 pour piano seul, la vélocité non moins éclatante de la partie de violon imaginée par Ysaÿe pour soutenir celle du piano de son ami. À cela s’ajoute un autre type de virtuosité, celui de la composition elle-même : succession de variations libres sur le thème de l’Étude de Saint-Saëns, pour mettre au mieux en valeur toutes ses composantes et possibilités expressives. Avec ce « Caprice », genre-clé de toutes les compositions virtuoses pour le violon, en particulier depuis ceux de Paganini, Ysaÿe célèbre le légendaire et éblouissant talent de virtuose de son ami… et le sien !

H.P.

Infos et Réservation

mardi 20 juillet 2021
à 15:00
Durée du concert : env. 1h

Le Corum - Salle Pasteur
Esplanade Charles De Gaulle BP 2200

Accès libre avec le passe Festival - Réservation obligatoire
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1h

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Saint-Saëns #100


CAMILLE SAINT-SAËNS
1835–1921
Quatuor à cordes en mi mineur op. 112


EUGÈNE YSAŸE
1858–1931
Amitié, poème pour 2 violons et piano op. 26


CAMILLE SAINT-SAËNS
1835–1921 / EUGÈNE YSAŸE 1858–1931
Caprice d’après l’Étude en forme de valse op. 52

Quatuor Tchalik
Gabriel Tchalik & Louise Tchalik, violons
Sarah Tchalik, alto
Marc Tchalik, violoncelle

Dania Tchalik, piano

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L’ami Ysaÿe

Le deuxième concert de cette journée Saint-Saëns est placé sous le signe de l’amitié : celle qui lia Saint-Saëns à une autre personnalité musicale d’exception : le violoniste virtuose et compositeur belge Eugène Ysaÿe, qui connut une gloire égale à celle de Saint-Saëns en son temps et celle qui lia Ysaÿe au critique Théodore Lindenlaub. Disciple des immenses violonistes Wieniawski et Vieuxtemps, Ysaÿe sera également parrainé par un autre virtuose glorieux : Joseph Joachim qui l’introduit dans les cercles allemands. Hors même sa production musicale de haute qualité (dont Six sonates pour violon seul qui ont fait sa gloire en tant que compositeur), Ysaÿe mène une carrière éblouissante, ce dont témoignent de grandes amitiés et dédicaces : c’est à lui que César Franck dédiera sa Sonate pour violon et piano et Saint-Saëns le Quatuor au programme de ce concert (mais aussi Debussy le sien, entre autres très nombreuses marques d’estime et d’amitié). Il crée en 1937 le Concours Ysaÿe qui deviendra le Concours « Reine Elisabeth » en 1951.

Camille Saint-Saëns : Quatuor n° 1 en mi mineur op. 112

En janvier 1900, alors que le Quatuor op. 112 vient d’être créé, le critique musical Pierre Lalo (1866–1943) écrit : « Il y a quelques années, un musicien, s’étonnant que l’œuvre infiniment diverse de M. Saint-Saëns, ne contînt pas de quatuor à cordes, lui demandait quand il se déciderait à en écrire un. « Pas encore, répondit M. Saint-Saëns ; on ne peut faire un quatuor à cordes qu’à vingt ans, lorsqu’on a l’ignorance et la témérité de la jeunesse, ou à soixante, lorsqu’on possède une expérience consommée et qu’on n’ignore plus rien de son art. Je n’en suis pas encore là, nous verrons plus tard. »

Ce n’est donc qu’à l’âge de soixante-quatre ans que Saint-Saëns se décide, selon ses termes, à « tricoter » enfin un premier quatuor (il composera le second à 83 ans, en 1918). « Si je n’avais pas fait ce quatuor, les esthéticiens auraient tiré de cette lacune un tas de déductions…», écrit le compositeur à son éditeur. Avec cette première contribution au genre, Saint-Saëns écrit d’emblée un chef‑d’œuvre. Le grand lyrisme de son premier mouvement, les aspects schumanniens de son écriture, l’ampleur des lignes mélodiques déployées : tout cela forme un héritage magnifique au corpus beethovénien de quatuor – Saint-Saëns parlait des « terribles quatuors de Beethoven », laissant entendre combien était intimidant ce corpus d’exception.

Le deuxième mouvement est d’une exubérance tragique tout aussi extraordinaire, tout en semblant ancré dans le souvenir de Haydn. Rappelons ici que Saint-Saëns a été tout au long de sa vie un grand médiateur de la musique classique et romantique allemande, en un temps (en particulier autour des années 1870) où l’anti-germanisme avait de nombreux adeptes en France, y compris sur le plan musical. Le troisième mouvement rappelle l’esprit de ces mouvements lents beethovéniens pleins d’une grandeur quasi métaphysique (celui de la Sonate pour piano op. 106 de Beethoven dite Hammerklavier, par exemple) et le finale clôture l’œuvre avec une intensité émotionnelle tout aussi importante. Dédié à son ami le compositeur belge Eugène Ysaÿe, le Quatuor op. 112 a été créé (avec Ysaÿe au premier violon) aux Concerts Colonne le 21 décembre 1999.

« La voix intérieure… ou rien ! »

« J’ai rêvé cette nuit que je voyais un catalogue thématique des quatuors de Beethoven : or, une fois réveillé je me suis aperçu que pas un des thèmes ne m’était connu. Je les ai tous oubliés, — mais c’est un rêve précurseur, il est probable qu’un jour ou l’autre quelque chose reviendra. Il faut du temps, de la patience, de la tranquillité surtout. Cette vie de Paris, tous ces gens qui viennent des 4 points cardinaux se jeter sur moi comme des mouches, je ne peux plus les supporter. Quant à fabriquer de la musique comme on fait des chaussons de lisière, c’est une humiliation que je ne supporterai jamais ! La voix intérieure comme par le passé, ou rien. »
(Saint-Saëns à son éditeur Jacques Durand — Alger le 10 avril 1889)

Eugène Ysaÿe : Amitié pour deux violons et piano op. 26

La version originale de l’œuvre (sous le titre de Poème de l’amitié) est pour deux violons et orchestre et son titre n’évoque pas la relation amicale du compositeur avec Saint-Saëns, mais avec Théodore Lindenlaub, critique musical du journal Le Temps, qui fut le conseiller et le guide du virtuose dans maintes occasions. « C’est encore l’idée du duo, écrit Ysaÿe, mais ici la pensée est libre, et on la laissera s’égarer dans le vaste champ des heureux et doux souvenirs combien variés ! d’une amitié pure qui a bientôt cinquante ans d’âge et dont les sentiments, meilleurs, plus sûrs, moins fragiles que ceux de l’amour sont chez moi et chez celui à qui l’œuvre est dédiée, indestructibles. »

Camille Saint-Saëns / Eugène Ysaÿe : Caprice d’après l’Étude en forme de valse op. 52

Hors même leur amitié, la rencontre de deux virtuoses d’exception tels que le pianiste Camille Saint-Saëns et le violoniste Eugène Ysaÿe (tous deux célébrés dans le monde entier par leurs tournées et leurs récitals) suscita en 1900 la composition d’une pièce doublement éclatante, puisqu’elle associe à la virtuosité initiale de l’Étude en forme de valse op. 52, composée par Saint-Saëns en 1877 pour piano seul, la vélocité non moins éclatante de la partie de violon imaginée par Ysaÿe pour soutenir celle du piano de son ami. À cela s’ajoute un autre type de virtuosité, celui de la composition elle-même : succession de variations libres sur le thème de l’Étude de Saint-Saëns, pour mettre au mieux en valeur toutes ses composantes et possibilités expressives. Avec ce « Caprice », genre-clé de toutes les compositions virtuoses pour le violon, en particulier depuis ceux de Paganini, Ysaÿe célèbre le légendaire et éblouissant talent de virtuose de son ami… et le sien !

H.P.

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Concert organisé dans le cadre  du Festival Radio France Occitanie Montpellier

Plus d'infos sur https://lefestival.eu/