Julien Chauvin et Le Concert de la Loge

Le Mozart Suédois

Montpellier
34
Opéra Comédie
18:00

Né comme Mozart en 1756, mort un an après lui, Joseph Martin Kraus, maître de chapelle de la Cour de Suède, était joué à Paris… sous le nom de Haydn, plus célèbre que lui ! À la symphonie « funèbre » de Kraus, le Concert de la Loge joint le grandiose Stabat Mater de Joseph Haydn.

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« Le Concert de la Loge, que je dirige, reprend le nom d’un ensemble fameux dans les années précédant la Révolution française : Le Concert de la Loge olympique, qui présentait des programmes aux formats très variés. Aujourd’hui, nous sommes devenus plus conventionnels, avec le plus souvent une ouverture, un concerto, une symphonie… Cette grande diversité des concerts de l’époque m’a fortement influencé et c’est dans cet esprit que j’ai imaginé de présenter le Stabat Mater de Haydn en parties séparées. Du vivant de Haydn, on a pu le jouer ainsi, notamment au moment de la Semaine Sainte : la première partie le mercredi et la deuxième le jeudi. Cela m’intéresse véritablement de revenir aux manières dont les œuvres étaient données à l’époque.

En fait, vous radicalisez ce principe aujourd’hui en donnant le Stabat Mater de Haydn, divisé en toutes ses parties, interprétées séparément ? Est-ce que cela relève d’un souci de ne pas ennuyer le public ?

Comme pour toute œuvre sacrée, j’aurais pu donner ce Stabat Mater dans sa continuité, mais il m’a semblé plus intéressant, en relation avec les recherches faites récemment sur le compositeur Joseph Martin Kraus, musicien allemand qui a fait sa carrière en Suède, de présenter une soirée originale qui alternerait Haydn et Kraus. Il se trouve qu’à un certain moment, Kraus a été confondu avec Haydn – certaines de ses œuvres ont été prises pour des œuvres de Haydn. Il y a eu des symphonies qui ont porté le nom de Haydn, mais qui étaient en réalité de la plume de Kraus. C’est un peu comme les problèmes de plagiat que nous connaissons aujourd’hui. Haydn était très en vue et parfois, sur trois partitions dites de Haydn, eh bien l’une n’était pas de lui, mais de Pleyel ou de Kraus… En fait, le phénomène m’a intéressé. C’est aussi pour cette raison que j’ai voulu introduire des pièces instrumentales de Kraus, dont cette Symphonie funèbre, très marquante et très belle, mais que nous ne jouerons pas dans son intégralité, ainsi que des chœurs de Michael Haydn, frère de Joseph Haydn, en seconde partie. Sans oublier cette œuvre très rare : le Chant sur la mort de Haydn de Luigi Cherubini, écrit en 1809 – Haydn était célèbre dans toute l’Europe, ce qui explique l’existence de cette composition (personne n’a écrit sur la mort de Mozart en 1791… puisque Mozart est mort dans la misère et l’oubli).  Au fond, je fais coïncider la mort du Christ (le Stabat Mater) avec la mort de Haydn…

L’esprit de ce concert est-il aussi de donner à entendre un « concentré » des styles musicaux de cette époque ?

Oui, absolument : construire une soirée qui soit un miroir, en effet, de cette époque. Là, nous naviguons entre 1776 et 1809, donc c’est tout de même assez large. Mais cela reste l’époque classique (au sens strict du classicisme). Et l’idée-force est celle d’une ligne continue, au long du concert, entre toutes ces musiques, autour de la personnalité de Joseph Haydn. Le point commun entre presque toutes ces pièces étant également le monde funèbre. »

Propos recueillis par Hélène Pierrakos

Audio et vidéo

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