Evgueni Kissin

Les grands espaces

Montpellier
34
Le Corum
Opéra Berlioz
20:00

Pour son retour à Montpellier, après dix années d'absence, Evgueni Kissin a choisi le moins extraverti des deux concertos de Liszt, le plus original aussi, une sorte de "concerto symphonique" en six mouvements enchaînés.

Le chef letton Andris Poga, qu'on a applaudi ici en 2016 et 2017, ouvre ce concert avec un hymne à la création du monde, Lauda, une fresque symphonique de son compatriote, Peteris Vasks, créée en 1987 à Riga, et il choisit la plus "optimiste" des symphonies de Prokofiev, la Cinquième, créée en janvier 1945, qui selon le compositeur lui-même "glorifie l'âme humaine, l'homme libre et heureux".

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Cosmogonie
Arche immense allant du silence au silence et qui parcourt en son centre des territoires polychromes, Lauda du compositeur letton Peteris Vasks  a été créé le 4 avril 1987 à Riga, par l’Orchestre National de Lettonie dirigé par Jānis Kaijaks et peut s’écouter comme un hymne à la  création du monde. Si la nudité initiale et ses effets de cloches suggèrent la dimension religieuse de l’œuvre et l’ampleur de son ambition spirituelle, l’orchestre va ensuite dessiner un paysage d’une très grande richesse ; un premier sommet sonore marqué par l’usage des timbales évoque pour l’auditeur le ton de la prédication. Etrangeté de l’instrumentation, dissonances, orientalisme des harmonies semblent esquisser comme une liturgie non européenne, sans référence cependant à un territoire exotique spécifique.  Lorsque, au centre de la pièce, intervient la dimension rythmique et l’emprunt à des mélodies de type populaire, on songe à l’univers d’un Mahler.

Liszt, entre éclat et ténèbres
Le Concerto pour piano N° 2 de Liszt (esquissé en 1839 et créé en 1849 à Weimar) s’inaugure dans le mystère puis déploie une aérienne digitalité dont la virtuosité augmente très progressivement. Comme souvent chez Liszt, la forme semble d’essence rhapsodique (thèmes additionnés les uns aux autres, plutôt que développés), comme si le compositeur s’était fixé pour impératif de présenter la plus grande diversité de modes poétiques. Le bel canto qui marque le solo de violoncelle dans la deuxième partie forme quintessence du chant, le piano y jouant étonnamment un simple rôle accompagnateur. Les différents tempi se voient enchaînés, reliés à chaque fois par une « cadence » du piano, ce qui donne à l’œuvre une magistrale unité. L’avant dernière séquence voit le règne d’un piano percussif, héroïque, tandis que la dernière n’est que liquidation des motifs précédents, avec de spectaculaires glissandi propres à susciter les acclamations de l’auditoire…

Les masques de Prokofiev
Créée le 13 janvier 1945 au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou sous la direction du compositeur et coïncidant avec une nouvelle offensive victorieuse de l’Armée Rouge sur l’armée allemande, la Symphonie N° 5 de Prokofiev reçoit un accueil triomphal. « Elle couronne toute une période de mon travail, écrit Prokofiev ; je l'ai pensée comme une œuvre glorifiant l'âme humaine. J'ai voulu y chanter l'homme libre et heureux, sa force, sa générosité et la pureté de son âme. » Solennité, héroïsme, sentiment martial  marquent le premier mouvement - pour qui connaît le rythmicien, maître du sarcasme et de l’ellipse, ce ton-là peut surprendre. Mais l’invention sonore et une éloquence acerbe prennent bientôt  le pas, ouvrant sur un climax grandiose – comme un sentiment de victoire sur les ténèbres. Le deuxième mouvement permet de retrouver le maître du rythme, qui s’exprimait de façon si magistrale dans les grands ballets. Mélancolie et inquiétude marqueront le mouvement lent, tandis que le finale, d’esprit festif, donne une conclusion étonnamment débridée à une symphonie qui s’inaugurait dans la grandeur.

Hélène Pierrakos

Audio et vidéo
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