Neeme Järvi - Daniel Lozakovich

Le choc des titans

Montpellier
34
Le Corum
Opéra Berlioz
20:00

Pour ouvrir ce festival voué aux musiques du Nord, la présence de l'un des plus grands chefs de notre temps, Neeme Järvi, de "son"Orchestre national d'Estonie et du nouveau prodige du violon, le Suédois Daniel Lozakovich (18 ans), s'imposait.
Celui qu'on compare au jeune Yehudi Menuhin et qui vient de faire des débuts remarqués chez Deutsche Grammophon a choisi Beethoven, et son unique et exigeant concerto pour violon. Quant à Neeme Järvi, recordman du disque (plus de 400 enregistrements à son actif !), il célèbre Pelléas et Mélisande version Sibelius et un compositeur, né en Livonie et mort en Suède, qu'il décrit comme le Chostakovitch estonien, Eduard Tubin (1905-1982).   
C'est avec l'Orchestre national d'Estonie, à l'époque orchestre de la Radio estonienne, que le chef, né à Tallinn en 1937, fait ses premières armes, de 1963 à 1979, après de fécondes années d'apprentissage auprès d'Evgueni Mravinski à Leningrad. Il quitte son pays natal, "occupé" par l'Union soviétique, en 1980, et n'y revient qu'une fois recouvrée l'indépendance des états baltes, reprenant la direction musicale, en 2010, de l'orchestre de ses débuts.

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Jean Sibelius (1865-1957)
Pelléas et Mélisande, suite pour orchestre op. 46
Composée en 1905 / Date de création inconnue

Le retentissement de Pelléas et Mélisande, pièce symboliste de Maurice Maeterlinck créée à Paris le 17 mai 1893, se mesure aux quatre partitions importantes qu’elle suscita en quelques années : la musique de scène de Fauré, convertie plus tard en suite d’orchestre (1898), l’opéra de Debussy (1902), le poème symphonique de Schönberg (1903) et la musique de scène de Sibelius (1905). Ce dernier avait été sollicité par le Théâtre suédois d’Helsinki, où le drame de Maeterlinck fut représenté pour la première fois en Finlande le 17 mars 1905.
Comme Fauré, Sibelius permit à sa musique de se maintenir au répertoire sous forme de suite d’orchestre. Il élimina le numéro joué avant l’arrivée de Golaud à l’acte IV, conserva les neuf autres pièces auxquelles il apporta quelques légères modifications et réalisa une adaptation instrumentale de la pièce n° 4, à l’origine vocale (la chanson de Mélisande Les trois sœurs aveugles). La pièce de Maeterlinck lui inspira une musique grave et sombre, parfois angoissante, souvent mélancolique, éclairée par moments d’une fraîcheur pastorale. La Mort de Mélisande porte l’intensité émotionnelle à son comble, mais sans éclat spectaculaire, à l’image de l’héroïne qui « s’en va sans rien dire », comme le remarque le vieil Arkel à la fin du drame.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 61
Composé en 1806 / Créé à Vienne le 23 décembre 1806 au Théâtre an der Wien, par Franz Clément (violon et direction) / Dédié à Stephan Breuning / Durée : 45 minutes environ

Aujourd’hui au répertoire de tous les violonistes, le Concerto pour violon de Beethoven reçut un accueil réservé lors de sa création. Parce qu’il excluait les gestes techniques spectaculaires ? Il se distingue en effet par sa grâce et sa clarté, une partie de soliste évoluant souvent dans l’aigu afin de mettre en valeur le jeu de Franz Clément (créateur de l’œuvre), qui excellait dans ce registre. Mais en 1806, les auditeurs avaient d’autres raisons de s’étonner. La durée du concerto (le plus long que Beethoven ait composé) dépasse en effet les normes. L’orchestre s’émancipe de son rôle d’accompagnateur et devient un acteur à part entière. Ses lignes mélodiques sont ornées par le violon qui en intensifie l’expression plus qu’il ne s’oppose à la masse instrumentale. Le dernier mouvement réserve toutefois une place plus importante à la virtuosité du soliste. Son refrain d’esprit populaire contraste avec les mélodies nobles ou rêveuses des mouvements précédents. En concluant sur cette fraîcheur enjouée, Beethoven semble annoncer le finale de sa Symphonie pastorale, composée deux ans après.

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Eduard Tubin (1905-1982)
Symphonie n° 5 en si mineur
Composée en 1946 / Créée le 16 novembre 1947 à Stockholm, par le Concert Society Orchestra dirigé par Carl von Caraguly

En 1944, Eduard Tubin décida de quitter l’Estonie occupée par l’armée soviétique pour se réfugier en Suède. C’est là qu’il composa sa Cinquième Symphonie, première partition d’un exil qui allait s’avérer définitif (même si, par la suite, Tubin revint à plusieurs reprises dans son pays natal). Indéniablement, la musique reflète les épreuves endurées. Tendu et sombre, l’Allegro ma non troppo initial est animé par un rythme de chevauchée quasi constant, le martèlement des timbales produisant un effet de catastrophe vers la fin du mouvement. L’Andante cite deux chants populaires estoniens : « Dans la rue de notre village » (exposé par les violoncelles en pizzicato) et « La nuit prendra bientôt fin » (présenté par les altos), expression d’un espoir qui se voudrait pressentiment. Le finale reprend certains motifs des mouvements précédents et confirme cette intuition avec sa conclusion solaire.
Jouée plus de cinquante fois du vivant de son auteur, la Symphonie n° 5 gagna en notoriété à partir de 1979, quand Neeme Järvi commença à la diriger. Infatigable avocat de Tubin, le chef estonien a gravé l’intégrale de ses symphonies.

Neeme Järvi dit lui-même : « Tubin, c’est le Chostakovitch estonien ».


Hélène Cao

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Audio et vidéo

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