Nelson Freire offre un récital exceptionnel

Au cœur du piano

Montpellier
34
Le Corum
Opéra Berlioz
20:00

Phénomène du piano au jeu d’un naturel absolu, main de fer au toucher de velours, Nelson Freire offre un récital exceptionnel.

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En 1836, Schumann compose un morceau d’une douzaine de minutes qu’il intitule Fantaisie, Ruines. Il place en épigraphe un quatrain de Friedrich Schlegel (« À travers tous les sons résonne / Dans le rêve multicolore de la terre / Un son très doux perceptible / Pour qui sait tendre l’oreille ») et cite dans la coda un motif extrait du cycle de lieder de Beethoven À la bien-aimée lointaine : autant de messages adressés à Clara Wieck dont il est alors séparé, le père de la jeune pianiste interdisant les entrevues. La référence à Beethoven, qui se manifeste de surcroît par l’abondance de trilles (un procédé peu fréquent chez Schumann, mais en revanche caractéristique du maître de Bonn), s’explique également par le projet d’origine : une contribution à la statue de Beethoven dont Liszt organise le financement. L’idée d’un morceau autonome est en définitive écartée, au profit d’une œuvre en trois mouvements titrée Fantaisie, op. 17. Sa conception n’en est pas moins originale, puisque Schumann place au centre une marche impétueuse en mi bémol majeur (la tonalité de la Symphonie « Eroica » de Beethoven et du Concerto pour piano n° 5 « l’Empereur » que Clara interprète magnifiquement), puis termine avec un mouvement rêveur, telle une confidence nocturne. L’Arabesque (1838), l’un des rares morceaux isolés de Schumann (ne faisant partie ni d’un cycle, ni d’un recueil), conclut de semblable manière. Dans sa coda, on entend d’ailleurs un souvenir de la fin du premier mouvement de la Fantaisie.

Au moment où Schumann compose son opus 17, il découvre les Mazurkas de Chopin : « Des canons enfouis sous des fleurs », déclare-t-il. Mais si ces danses incarnent l’identité polonaise et possèdent une dimension subversive, elles témoignent aussi d’autres influences. Les enchaînements harmoniques douloureux de la Mazurka op. 17 n° 4 (1833) rappellent la vénération de Chopin pour Bach. La Mazurka op. 33 n° 4 (1838) épanche une semblable mélancolie, en dépit de quelques élans impétueux. Quant à la Polonaise op. 26 n° 1 (1835), elle exalte des sentiments patriotiques, mais abandonne souvent son ton héroïque et bravache pour des lignes chantantes marquées par le bel canto. Le Scherzo n° 4 (1842-43) appartient à une catégorie de pièces habituellement fougueuses. Ici, les élans tempétueux sont toutefois tempérés par des formules ornementales volubiles et une partie centrale mélancolique.

Polonais, fervent patriote, compositeur et pianiste virtuose comme Chopin, Paderewski prolonge la voie ouverte par son aîné, Entre 1885 et 1896, il écrit sept pièces regroupées sous le titre de Miscellanea. La quatrième, Nocturne, déploie sa ligne de chant sur un motif rythmique qui berce et unifie la pièce. Le lyrisme rêveur devient parfois plus passionné, comme dans la plupart des Nocturnes de Chopin.

Chostakovitch compose ses Trois Danses fantastiques en 1920-1922, alors que la Russie et la Pologne (indépendante depuis 1918) sont en guerre. Encore étudiant au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, il cultive des pièces de genre héritées du romantisme. Sa musique possède un charme irrésistible, tour à tour légère et humoristique (Marche), parée de sonorités cristallines (Valse), joyeuse et espiègle (Polka). En 1937, Chostakovitch décide d’éditer le recueil qu’il a laissé en sommeil pendant quinze ans, signe de son affection pour ces pages adolescentes.

Hélène Cao

Audio et vidéo
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    Vidéo - Portrait 

     

    Nelson Freire: Frédéric Chopin – Scherzo in E major, No. 4 Op. 54 (1983)

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