fervaal d'indy mychael spryres

V. D'Indy - Fervaal

Montpellier
34
Le Corum
Opéra Berlioz
20:00

Fervaal, un accomplissement du wagnérisme français ?

Une légende nordique située dans le midi de la France mettant en scène le Siegfried français. « C’est une immense chance pour moi, de celles qui ne se produisent qu’une fois dans une vie, de pouvoir chanter cet incroyable rôle, Fervaal. Il s’agit de l’un des rôles les plus difficiles de toute la musique d’opéra.
Chanter Fervaal revient à chanter Tristan deux fois d’affilée ! Je suis extrêmement heureux de prendre part à cette aventure ».

Michael Spyres



Conférence de présentation de Fervaal par Sabine Teulon Lardic
Mercredi 24 juillet - 19h - Le Corum - Salle Einstein
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Au tournant des XIXe et XXe siècles, Vincent d’Indy (1851-1931) fait partie de la génération qui, avec Ernest Chausson, Alfred Bruneau et Albéric Magnard, donne au wagnérisme musical français toute son ampleur. Après plusieurs décennies de résistance au répertoire et au modèle esthétique de Wagner, la France succombe à ses enchantements.
Dans les années 1880, Léo Delibes, alors professeur au Conservatoire, peut s’inquiéter : « le Wagnérisme nous envahit, nous submerge ». C’est à cette époque, en 1889 précisément, que d’Indy, converti aux idées du maître de Bayreuth depuis longtemps déjà, commence la composition de Fervaal qui l’occupera jusqu’en 1895. Comme Wagner, il est son propre librettiste et comme lui, il se tourne du côté des légendes ou des mythologies, au détriment des sujets historiques qui avaient nourri la production française de grands opéras un demi siècle durant.

Conservateur dans ses choix, l’Opéra de Paris refuse alors d’ouvrir ses portes à nombre de compositeurs français, qui trouvent heureusement une oreille plus attentive à Bruxelles. Le Théâtre de La Monnaie aura l’honneur et l’avantage de créer Hérodiade de Massenet, Sigurd et Salammbô de Reyer, Gwendoline de Chabrier, Le Roi Arthus de Chausson. C’est là que d’Indy va monter son nouvel ouvrage dont la création a lieu le 12 mars 1897, après bien des difficultés et un nombre exceptionnel de répétitions. D’Indy fait figure de chef de file des « modernes ». La première est un événement, suivi par toute la critique parisienne — le théâtre lyrique est à cette époque commenté par l’essentiel de la presse, de la revue spécialisée aux grands quotidiens comme Le Journal des débats. Fervaal est repris à Paris, l’année suivante (le 10 mai 1898), à l’Opéra-Comique, sous la direction d’André Messager. Il faudra attendre le 31 décembre 1912 pour pouvoir l’entendre sur la scène du Palais Garnier.
Si l’œuvre est inégalement appréciée, en revanche d’Indy est reconnu pour la maîtrise de son écriture. Fourcaud, journaliste au Gaulois, résume le sentiment d’une partie du public : « On est ébloui, surpris, violenté, rarement touché. Où nous attendons l’émotion jaillissante, c’est le plus souvent le pittoresque et l’ingéniosité qui se mettent en jeu. Au demeurant, le talent est immense. » D’autres critiques montrent un enthousiasme sans restriction. « Voilà une belle et grande œuvre, s’exclame Julien Tiersot dans les colonnes du Temps, qui, il n’en faut pas douter, tiendra une place considérable dans l’histoire de la musique française. »

L’œuvre se veut tout à la fois une synthèse de l’héritage wagnérien et l’expression d’une francisation originale du drame lyrique. La forme condense les expériences de Wagner : « action », comme Tristan ; suite narrative organisée en un prologue et une histoire divisée en trois grandes étapes, récit de l’histoire du monde, comme la Tétralogie ; division des trois actes en trois scènes chacun, comme Parsifal… Héros, idées, situations, mots, textures musicales et leitmotive sont inspirés du répertoire wagnérien sans jamais en être un simple doublon. D’Indy s’entend à combiner les modèles et à réinventer les procédés. Fervaal tient de Siegfried par sa vaillance et son éducation, de Parsifal par son devoir de pureté. La malédiction attachée à l’amour renvoie à L’Or du Rhin tandis que le druide Arfagard mêle les personnages de Gournemanz (Parsifal) et de Kurvenaal (Tristan). Guilhen, la magicienne (sorte d’Armide sarrasine), rappelle par certains cotés les thèmes associés à Iseult, celui du philtre et l’amour total, par d’autres Kundry, en ce qu’elle représente le charme féminin captivant, l’attrait sensuel et l’impureté morale. Kaïto, mère éternelle qui enfanta le monde, est une Erda celtique, qui apparaît après des visions fantastiques. Sa voix profonde de contralto, accompagnée des sonorités étranges du chœur doublé par un quatuor de saxophones en coulisse, énonce l’oracle : « la nouvelle vie naîtra de la mort ».

D’Indy prône une idéologie du sol et des origines. Son art se veut l’expression et la célébration d’un enracinement. Le lieu principal de l’action, les Cévennes, berceau de sa famille où il possède lui-même une demeure, inscrit l’action dans un territoire précis. Ce même territoire que célèbre sa Symphonie cévenole de 1886. Le compositeur confiera avoir voulu par son drame « éminemment montagnard et ardéchois », « fixer les impressions de nature et d'art » ressenties au cours de ses excursions. Une lente mélodie psalmodiée par des voix féminines entendue dans les montagnes lui inspire le chant d'appel du berger au début de l’acte II. La francité qu’il veut exalter relève aussi d’une identité morale et religieuse qui s’exprime par des emprunts au chant grégorien, symbole de la foi chrétienne qui doit advenir après la chute des anciens dieux. Il n’hésite pas ainsi à utiliser le thème liturgique du Pange lingua. Du point de vue du langage musical, cet apport ancien, populaire et religieux, ajoute au riche langage harmonique de la fin du siècle et aux excursions du côté de la gamme par tons, un fonds modal qui participe de sa singularité. Fervaal peut aussi être lu comme le symétrique inverse du mythe de Tristan : à la fin, le héros embrasse sa bien aimée morte et s’élève vers les cieux. D’Indy remplace la nuit wagnérienne portée par la voix féminine par une lumière irradiante et un chant vaillant porté par une voix masculine. Enveloppé d’un chant mystique (le chœur en coulisse), Fervaal a l’ultime révélation : « j’entends, je vois, je sais… Le dieu nouveau commande… ». Puis c’est, non pas l’amour dans la mort, mais un dépassement : « l’amour est vainqueur de la mort ! » L’orchestre irradie : « Sur l’affirmation du thème d’Amour, note d’Indy sur la dernière page de sa partition, éclate le premier rayon d’un idéal Soleil. »

La richesse des mélodies vocales et instrumentales, l’inventivité rythmique, la diversité prodigieuse des coloris orchestraux, l’art des modulations, qui suivent l’évolution des situations dramatiques, l’ampleur de la conception formelle, la souplesse des contrepoints, la puissance du développement symphonique, l’entrelacs et le travail des motifs en perpétuelle reconfiguration, font de Fervaal une partition d’une richesse proprement inouïe.

Hervé Lacombe
 

synopsis

Fervaal (ténor) est blessé alors qu’il se trouve dans le midi de la France accompagné de son maître, le druide Arfagard (baryton). Guilhen (mezzo) fille d’un émir sarrasin, le recueille et le soigne. Un amour réciproque naît entre Guilhen et Fervaal. Mais ce dernier est promis à un grand destin à condition de rester chaste. Guéri, il doit regagner Cravann, sa patrie menacée par les Sarrasins, et accomplir sa mission salvatrice. Malgré son sentiment, et sur les instances d’Arfagard, il renonce à Guilhen, qui se venge en excitant l’ardeur belliqueuse de ses troupes. De retour au pays de Cravann, Fervaal est choisi par les druides pour devenir le chef de guerre. Arfagard invoque la déesse Kaito (contralto) qui prédit le viol du serment mais annonce une nouvelle ère. Fervaal, qui a enfreint son vœu de pureté, avoue sa faute ; il pense se racheter par sa propre mort. Survient le combat. Les Celtes sont décimés. Guilhem arrive ; Arfagard veut s’opposer ; Fervaal le tue. Après un ultime échange amoureux avec Fervaal, Guilhem meurt épuisée. Fervaal la prend dans ses bras, l’embrasse et monte dans la montagne jusqu’à disparaître dans les nuages.

 

Audio et vidéo
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    Une légende nordique située dans le midi de la France mettant en scène le Siegfried français. « C’est une immense chance pour moi, de celles qui ne se produisent qu’une fois dans une vie, de pouvoir chanter cet incroyable rôle, Fervaal. Il s’agit de l’un des rôles les plus difficiles de toute la musique d’opéra. Chanter Fervaal revient à chanter Tristan deux fois d’affilée !
    Je suis extrêmement heureux de prendre part à cette aventure ».  
    Michael Spyres

    Michael Spyres - "A tanto duol... Ascolta, o padre" Bellini, Bianca e Fernando, 2016

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