Scarlatti 555 - Perpignan / Musée d'art Hyacinthe Rigaud - Frédérick Haas

2018-07-16 00:00:00

Logo partenaires
Date
Lundi 16 juillet 2018
Horaire
17:30 à 18:30*
Durée
1:00
Lieu
Perpignan [66] - Musée d'art Hyacinthe Rigaud
*Attention nous vous informons que les durées sont à titre indicatif et sont susceptibles de varier en fonction du ou des artistes, ainsi que du nombre de rappels.

Gratuit

Entrée libre dans la limite des places disponibles
Informations - Direction de la Culture
04 68 66 33 18 de 14h00 à 17h00

Programme

Conférence "Jouer Scarlatti aujourd'hui"
Frédérick Haas

Que nous reste-t-il de Scarlatti aujourd’hui ? Une légende que soutiennent peu d’éléments biographiques précis : l’historien, le chroniqueur, le mémorialiste du dix-huitième siècle s’intéressaient fort peu aux musiciens, aux artistes, à tout ce qui n’était pas la vie des princes, la politique, la guerre ou le carnet mondain. Et puis, cet ensemble prodigieux, cette série dont la quantité est vertigineuse, de 555 Sonates pour le clavecin.
 

En partenariat avec la Ville de Perpignan avec la participation
du Musée Hyacinte Rigaud et du Palais de Justice de Perpignan

Télécharger le programme

La musique de Scarlatti est célèbre. Elle n’a cessé d’être jouée, depuis les premières publications du vivant de l’auteur, à Paris, et puis à Londres, où elle exerça immédiatement une influence très forte. Au début du dix-neuvième siècle, Czerni édite deux centaines de sonates. Brahms possédait un manuscrit en contenant plus de trois cents. Une première édition expurgée mais presque complète paraît enfin au début du vingtième siècle. Tous les pianistes de la terre ont pratiqué Scarlatti. Mais essentiellement à la façon d’une curiosité esthétique, d’une mécanique amusante pour délier les doigts, sortie d’un cabinet de curiosités. La musique de Scarlatti fut bientôt classée frivole – à quoi le portrait publié par Burney en 1782, en pleine époque pré-romantique, semblait opposer pour les connaisseurs une image paradoxale : celle du jeune homme silencieux vêtu de noir et coiffé d’une perruque blanche écoutant patiemment depuis le fond du grand salon d’un palais vénitien les improvisations sans doute lourdement conventionnelle de l’organiste Roseingrave, tel un Hamlet issu d’une mise en scène du dix-neuvième siècle assistant aux ébats royaux du palais d’Elseneur ; ce personnage qui ensuite s’empare du clavecin, et l’on aurait dit que dix-mille démons l’habitaient, a de quoi nous séduire.

Il faudra attendre 1953, et la publication de l’admirable livre de Kirkpatrick pour que soit précisé le portrait de ce personnage : le voile est alors un peu levé sur les circonstances exceptionnelles qui ont donné lieu à la naissance de cette musique exceptionnelle.

Étonnante cour d’Espagne, coupée de son peuple, vase clos et putride où fermente la dépression de souverains que la seule musique semble rattacher à la vie vivante. Scarlatti entre au service de la future reine d’Espagne à environ 35 ans, c’est à dire au milieu du chemin de sa vie. Et sa vie qui avait commencé comme celle d’un banal compositeur d’opéra italien : un parmi tant d’autres écrivant toujours la même musique, et le peu qui reste de ces œuvres-là ne fait guère regretter toutes celles qui ont été perdues ; sa vie alors se transfigure.

Il avait été formé à la plus efficace des écoles du temps : la napolitaine, et qui plus est, celle de son célèbre père. Les Italiens avaient à cette époque inventé les méthodes de composition les plus efficaces qui soient – contre-réforme et croissance démographique obliges, il fallait fournir rapidement et en quantités toujours plus importantes de la musique récréative. Mais Scarlatti découvre l’Espagne. Il vit quatre années à Séville. Il y entend ce qui partout ailleurs en Europe était inouï. Et puis à la cour il devient le musicien secret, qui sait, peut-être l’ami, le confident d’une reine enfermée dans un monde en décrépitude. Il n’a pas de public à attirer ni à rassurer ni à séduire. Il n’a pas de poudre à jeter dans les yeux pour qu’ils payent leurs places et reviennent à coup sûr. Il peut tout s’autoriser car la reine aime et comprend. Sans doute la musique doit-elle être joyeuse car la reine est mélancolique et s’ennuie. Ainsi le ton est-il donné, et l’on voit que ce n’est pas, certainement pas celui de la frivolité. Mais des fleurs jetées par-dessus un abîme. Mais des fulgurances pour chasser la mélancolie. De brèves luxuriances comme royal antidote.

Or le musicien en possession de la plus parfaite maîtrise technique qui puisse être, est libre, entièrement libre de laisser surgir toutes les idées qui traversent son imagination toujours vive et aux aguets. Ainsi la technique qui a donné naissance à tous les lieux communs de cette musique commerciale du dix-huitième siècle qui désormais n’a à peu près plus aucun sens pour nous, se trouve-t-elle élevée au service d’une écriture que l’on ne pourrait mieux qualifier que d’automatique, dans le meilleur sens que ce terme peut suggérer. L’imagination libre trouve un support immédiat, une forme, par-delà tous les stéréotypes qui passent : et par-delà les siècles elle nous atteint.

En 1988 seulement, la publication du célèbre enregistrement réalisé par Scott Ross pour France Musique vient enfin donner un visage sonore à l’ensemble de toutes les sonates.

Pour nous tous qui les jouons, et pour tous ceux qui l’écoutent, la quantité, la masse surhumaine des Sonates est un espace infini : car plus on s’approche de leur intimité, plus leur richesse, leur variété, leur différence se manifeste, apparaît – or cette quantité est telle qu’au même moment toute perception d’ensemble en devient insaisissable. C’est pourquoi le projet fou et – nécessairement – démesuré de la nouvelle intégrale suscitée trente ans plus tard par France Musique et le festival  Radio France Occitanie  Montpellier prend un sens exaltant : faire éclater la vie contenue dans les 555 sonates de Scarlatti, non plus dans le secret des studios semaine après semaines, mais, sur la scène ouverte du concert, dans un espace-temps resserré et dans une variété de lieux qui apporteront leur charme, leur coloration ou leur neutralité sous le soleil du Midi, à travers l’inventivité réunie de trente clavecinistes, de trente artistes apportant leurs visions, leurs rêves, leurs sensibilités réunis autour d’un des plus impressionnants monuments élevés à toutes les gloires de la musique.

Frédérick Haas

En partenariat avec

En partenariat avec

Nom Mise à jour