Mélodies en Duo

Jeudi 12 juillet 2018

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Date
Jeudi 12 juillet 2018
Horaire
20:00 à 21:30*
Durée
1:30
Lieu
Montpellier [34] - Le Corum / Opéra Berlioz
*Attention nous vous informons que les durées sont à titre indicatif et sont susceptibles de varier en fonction du ou des artistes, ainsi que du nombre de rappels.

Billets de 10 à 40€

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Programme

Marianne Crebassa mezzo-soprano

Fazil Say piano


MAURICE RAVEL  1875-1937
Vocalise-étude en forme de habanera pour piano
Shéhérazade, Poèmes  de Tristan Klingsor
   Asie
   La Flûte enchantée
   L’Indifférent

CLAUDE DEBUSSY 1862-1918
Préludes pour piano, extrait du Livre 1
La Cathédrale engloutie
Minstrels

GABRIEL FAURÉ 1845-1924
Mirages, mélodies op. 113, extrait
Cygne sur l’eau
Danseuse

Poèmes Renée de Brimont

ERIK SATIE 1866-1925
Trois Gnossiennes
Lent
Avec étonnement
Lent

CLAUDE DEBUSSY 1862-1918
La mer reste plus belle
Le son du cor s’afflige vers le vois
L’échelonnement des haies

Poèmes  de Paul Verlaine

HENRI DUPARC 1848-1933
Chanson triste Poème de Jean Lahor
Le pays où se fait la guerre Poème de Théophile Gautier

FAZIL SAY  né en 1970
Gezi Park 2, sonate pour piano op. 52
   Nuits de résistance dans les rues d'Istanbul
   Le silence du nuage de gaz
   Berkin Elvan
   Toujours l'espoir au cœur

Gezi Park 3, ballade pour mezzo-soprano, piano et quatuor à cordes op. 54
Version pour mezzo-soprano et piano du compositeur 

 

AVEC L'AIDE DE LA CAISSE D'ÉPARGNE LANGUEDOC-ROUSSILLON

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L’étoile montante du chant français, Marianne Crebassa, et le pianiste Fazil Say, fidèle du Festival, proposent un récital consacré aux secrets et envoûtements de la mélodie française. Une invitation au voyage dans l’univers, tour à tour réservé, sensuel et chatoyant, d’une rencontre unique entre poésie et musique. 

    « Le secret douloureux qui me faisait languir »  Baudelaire, La vie antérieure

Février 1871. Un mois après la reddition de Paris, un groupe de jeunes compositeurs crée la Société Nationale de Musique, en vue de revitaliser la musique française, minée selon eux par les brumes du wagnérisme autant que par les facilités des romances à la mode. 

Le jeune Duparc fait partie de ce bataillon pacifique qui institue la mélodie comme affirmation première du génie national (Ars gallica est leur devise). La plupart des mélodies de Duparc, les deux Shéhérazade, les Chansons de Bilitis comme Mirages naîtront sous les auspices de la SNM. 

De fait, la France n’avait pas connu jusque-là, malgré la richesse de sa poésie et quelques réussites isolées (Berlioz, Gounod), l’équivalent de la floraison du Lied romantique en terres germaniques. Duparc n’initie cette renaissance du lyrisme français qu’avec 17 mélodies, le reste ayant été drastiquement autocensuré. Dès 1868, sa Chanson triste transcende la romance. Profondément wagnérien, il sait pourtant trouver, par la justesse de sa prosodie comme par le souffle de son écriture pianistique, l’alchimie d’un mariage renouvelé entre poésie et musique. 

La mélodie révèle le plus souvent l’affinité de deux univers poétiques. 

C’est de la rencontre avec Verlaine qu’étaient nées les premières pages personnelles de Debussy. En 1891, ces trois nouvelles mélodies anticipent l’univers de Pelléas et Mélisande, ébauché deux ans plus tard. « Elles sont verlainiennes jusqu’au bout des croches » dira Pierre Louÿs. Lorsqu’en 1897, Debussy se consacre aux poèmes en prose de son ami, il se repose de son opéra presque achevé, dont ces pages forment un écho autobiographique voilé. D’un érotisme que la musique sublime, les Bilitis témoignent en effet de la rencontre fugace du compositeur avec Alice Peter, à qui La chevelure est dédiée, tandis que le Tombeau des naïades, composé un peu plus tard, se grève déjà de désillusion – de même que l’Indifférent qui fermera, non sans ironie, le cycle ravélien.

Ravel s’était essayé à l’exotisme dès 1898, avec une Shéhérazade orchestrale, qui n’avait pas connu de succès. Il y revient en 1903, grâce aux vers libres assonancés de Tristan Klingsor. Malgré un univers fort différent, ces mélodies forment une réponse immédiate à Pelléas, qui venait d’être créé. Si la Flûte enchantée répond à la Flûte de Pan des Bilitis, Asie manifeste un lyrisme et une sensualité, dans l’orfèvrerie des harmonies, qui tranchent avec la retenue debussyste. 

L’Indifférent rejoint pourtant, par son dépouillement, le mouvement de dissipation des mirages dont témoignent les presque ultimes mélodies de Fauré. Composées en 1921, sur des vers symbolistes de Renée de Brimont, elles prennent congé, alors que le vieux maître est muré dans sa surdité, du secret douloureux d’une sensualité désormais inaccessible, mais toujours brûlante.

       Jean-Philippe Guye    

Nom Mise à jour