Finlandia

Jeudi 27 juillet 2017

Logo partenaires
Date
Jeudi 27 juillet 2017 *
Horaire
20:00 à 22:00*
Durée
02:00
Lieu
Montpellier [34] - Le Corum / Opéra Berlioz
*Attention nous vous informons que les horaires sont à titre indicatifs et sont susceptibles de varier en fonction du ou des artistes, ainsi que du nombre de rappels.

Billets de 10 à 40€

Réserver

 

Découvrez le programme

Finlandia

JEAN SIBELIUS 1865-1957
Finlandia

RUED LANGGAARD 1893-1952
Sfinx, poème pour orchestre

CARL NIELSEN 1865-1931 
Concerto pour flûte

JEAN SIBELIUS 1865-1957
Symphonie n°2


Emmanuel Pahud flûte
Orchestre national Montpellier Occitanie
Michael Schønwandt direction

Télécharger le programme

LA REVOLUTION OUBLIÉE

Le contexte de ce programme de musiques scandinaves se situe avant et après la Grande Guerre, moment où la Finlande est parcourue de soubresauts violents. Le pays vécut douloureusement les conséquences de la révolution russe de 1917 : dans la guerre civile, entre bandes politiques armées rivales et velléités tout aussi belliqueuses d’indépendance. Celle-ci sera proclamée le 6 décembre 1917, et ce après une première séparation en 1809 de la Suède, à laquelle la Finlande était rattachée depuis le XIIIe siècle, pour devenir un Grand-Duché autonome sous la souveraineté du tsar de Russie. Une indépendance par la suite mise à mal par la « finlandisation », jusqu’en 1991 et la chute de la puissante voisine URSS.

Finlandia exprime ce contexte et clôt la première époque de Sibelius, marquée par une exaltation de l’inspiration finlandaise. Ce bref poème symphonique créé en 1900 à Helsinki prend ainsi un caractère solennel puis tourmenté, poursuivi en manière d’hymne et achevé dans une forme d’apothéose. Restée l’une des œuvres les plus populaires de Sibelius, c’est aussi la plus expressément de caractère nationaliste ; caractère ensuite abandonné, à partir de la Première Symphonie (datée exactement de la même année), pour viser à la grande ambition symphonique, projet de toute une vie créatrice et part essentielle du compositeur.

Commencé en 1909 par un tout jeune compositeur d’à peine seize ans et créé cinq ans plus tard à Copenhague sous sa direction, le poème symphonique Sfinx constitue paradoxalement l’œuvre de Langgaard la plus jouée, exécutée de son vivant à différentes reprises au Danemark comme hors du pays. Transparaît l’évocation poétique d’une nature froide empreinte de légendes, dans une atmosphère aux couleurs nationales à l’instar de Finlandia.

Si Langgard sort seulement de nos jours de sa confidentialité, Nielsen, autre compositeur danois – les deux hommes se détestaient cordialement ! – a su atteindre d’emblée la célébrité mondiale, comme en témoigne son Concerto pour flûte, daté de la fin de sa vie et créé à Paris en 1926. Cette partition possède des charmes inaccoutumés : par sa formule déjà, pour flûte soliste et orchestre, si peu fréquente dans le répertoire du XXe siècle ; et par son esprit, narratif mais pour voguer vers des territoires inattendus : piquants, allants, humoristiques ou glacés, avec des sautes d’humeur imprévisibles. Une flûte virtuose distille ses rythmes pointés et ses élégies tel un barde de légende, accompagnée par l’orchestre d’une douce brise ou de tempête, dans un climat d’aurores boréales.

La Deuxième Symphonie de Sibelius connut lors de sa création finlandaise un triomphe retentissant, le premier d’une telle ampleur pour une œuvre d’un compositeur du cru. Des commentateurs contemporains ont tenu à y plaquer un programme d’essence patriotique, non voulu par un auteur qui s’est empressé de le dénier. Mais cette musique « pure » recèle à l’évidence une atmosphère qui semble aller d’une première lutte tumultueuse jusqu’à une libération finale glorieuse. On y verrait aussi le chemin qui, d’une Première Symphonie encore sous influences (Bruckner, Tchaïkovski), mène à un Sibelius irréductible, avec cette montée vers la lumière qui scelle sa griffe inimitable.

Pierre-René Serna

 

Ces années-là :
1899 : La Nuit transfigurée de Schoenberg ; Nocturnes de Debussy. Naissance de Poulenc et de Nabokov. Résurrection de Tolstoï. Réduction, par la Russie, des pouvoirs de la diète finlandaise.
1900 : Tosca de Puccini ; Louise de Gustave Charpentier ; La tempranica, zarzuela de Gerónimo Giménez, qui devait influencer Falla pour sa Vie brève (1904). Décès de Nietzsche. Exposition universelle à Paris.
1901 : Feuersnot de Richard Strauss. Mort de Verdi. Naissance d’André Malraux.
1917 : Révolution russe. Guerre civile en Finlande, indépendance du pays.
1918 : Mort de Debussy. Fin de la guerre en Europe.
1926 : Le Roi Roger de Karol Szymanowski, Cardillac de Paul Hindemith.
1927 : début de la dictature de Staline en URSS.

 

À lire :
- Marc Vignal, Jean Sibelius, Fayard, 2004. La référence en français, fouillée et savante ; qui constitue aussi un judicieux récolement des abondantes sources bibliographiques originellement en anglais, suédois et finnois.
- Pierre Vidal, Jean Sibelius, Bleu Nuit éditeur, 2005. Pour une première approche.
- Jean-Luc Caron, Jean Sibelius. La vie et l’œuvre, L’Âge d’homme, Lausanne, 1997. Ouvrage très détaillé. Du même auteur, Sibelius, Actes Sud/Classica, 2005. Un condensé du premier.
- Jean-Luc Caron, Carl Nielsen, Bleu Nuit éditeur, 2015. L’ouvrage en français sur le compositeur.

 

À écouter :
- Sibelius : Symphonies (+ Finlandia, etc.), Philharmonia Orchestra, dir. Vladimir Ashkenazy (4 CD Decca) ; Symphonies n° 2 et n° 5, Royal Philharmonic Orchestra, Hallé Orchestra, dir. Sir John Barbirolli (1968, 1 CD Testament).
- Nielsen : Concerto pour clarinette, Concerto pour flûte, Sabine Meyer, Emmanuel Pahud, Orchestre philharmonique de Berlin, dir. Simon Rattle (1 CD Warner Classics).
- Langgaard : Symphonies, Arthur Rubinstein Philharmonic Orchestra, dir. Ilya Stupel (1999, 6 CD Mis ; le volume comprenant les Symphonies n° 10 à n° 12 comprend aussi Sfinx).

Nom Mise à jour