Siberia

Samedi 22 juillet 2017

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Date
Samedi 22 juillet 2017 *
Horaire
20:00 à 22:00*
Durée
02:00
Lieu
Montpellier [34] - Le Corum / Opéra Berlioz
*Attention nous vous informons que les horaires sont à titre indicatifs et sont susceptibles de varier en fonction du ou des artistes, ainsi que du nombre de rappels.

Billets de 12 à 55€

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UMBERTO GIORDANO
Siberia

Opéra en 3 actes (1903, révision 1927)
Version de concert

 


Sonya Yoncheva Stephana
Murat Karahan Vassili
Gabriele Viviani Gleby
Catherine Carby Nikona

Marin Yonchev Ivan - il Cosacco
Anaïs Constant La Fanciulla

 

Choeur Opéra National Montpellier Occitanie
Choeur de la Radio Lettone
Orchestre National Montpellier Occitanie
Domingo Hindoyan
direction

 

AVEC L’AIDE D'EY

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« Horribles steppes ! »

De la douzaine d’opéras achevés par Umberto Giordano (1867-1948), seuls trois connurent un succès durable : Andrea Chénier (1896), Fedora (1898) et Siberia (1903). Mais le dernier d’entre eux ne s’est pas maintenu au répertoire, bien qu’il ait été le préféré du compositeur et peut-être son œuvre la plus ambitieuse. 
L’ouvrage avait pourtant bénéficié d’une création fastueuse à La Scala de Milan, le 19 décembre 1903, donnée à guichets fermés en présence de nombreuses personnalités artistiques (dont d’Annunzio) et par une distribution de choix qui avait été rassemblée en vue de Madama Butterfly de Puccini. Or ce dernier, immobilisé par un accident de voiture, ne put rendre sa partition à temps. Les futurs interprètes de Butterfly, la soprano Rosina Storchio, le ténor Giovanni Zenatello et le baryton Giuseppe De Luca (en compagnie du chef Cleofonte Campanini) incarnèrent donc respectivement les rôles de Stephana, Vassili et Glèby. 
Incertain lors de la première représentation, le succès de Siberia se renforça au fil de la promotion orchestrée par Sanzogno, éditeur de Giordano et de Mascagni. Soucieux de marquer des points face à son éternel rival Ricordi (éditeur exclusif de Verdi, et premier protecteur de Puccini), Sanzogno ne reculait devant aucun moyen promotionnel : achats de droits (notamment de partitions françaises, de Bizet à Massenet), construction de salle (le Teatro lirico de Milan, érigé en 1894 pour faire pièce à une Scala trop inféodée à Ricordi), organisation de concours d’œuvres lyriques en un acte (celui de 1890 avait vu s’opposer la Marina de Giordano et la Cavalleria rusticana de Mascagni, au profit de la seconde) et de tournées européennes. 

Slave et italien

Détail intéressant, à replacer dans le cadre de la compétition larvée entre Puccini et Giordano, les livrets de Madama Butterfly et de Siberia étaient signés du même auteur, le prolifique Luigi Illica, qui avait d’ailleurs d’abord proposé son drame à Puccini, qui le refusa pour ne pas être taxé de « fédorisme » : le succès de Fedora de Giordano ayant vexé son rival, celui-ci préférait ne pas marcher sur ses plates-bandes en optant à son tour pour un sujet « slave ». 
Illica n’a pas précisé à quelles sources il avait puisé pour le texte de Siberia. Il est néanmoins patent que deux ouvrages russes récemment traduits l’ont inspiré : Souvenirs de la maison des morts (1862) de Dostoïevski, pour tout ce qui concerne l’Acte III, et, surtout, le plus récent Résurrection (1899) de Tolstoï. Sans emprunter directement l’intrigue de ce dernier roman, Illica en recycle le thème du remords, la perdition de l’héroïne (topos de l’opéra italien depuis Traviata en passant par les multiples avatars de Manon Lescaut) et la scène des retrouvailles dans la gare. 
Au tout début du XXe siècle, cependant, la fusion entre un sujet on ne peut plus russe et l’opéra italien n’allait pas de soi. Certes, l’opéra de Giordano s’inscrit dans un contexte friand de dépaysement géographique – dont Puccini, explorant successivement la Louisiane (Manon Lescaut), le Japon (Madame Butterfly), le Far West (La Fanciulla del West) et la Chine (Turandot), s’était fait le champion. Dans Siberia, non seulement Giordano utilise de nombreuses mélodies folkloriques authentiques, mais, en outre, c’est l’« âme slave » elle-même (avec son mélange de fougue et de fatalisme) qui est à la base de l’ouvrage : au long des trois actes, qui nous entraînent de plus en plus profondément au sein de cette immense contrée enneigée, on assiste au « dégel » progressif d’une femme qui ne croyait plus en l’amour et décide de tout lui sacrifier. 
Notons que Giordano révisa sa partition en 1927 : il rendit alors un hommage posthume à son librettiste en rétablissant la fin prévue par ce dernier (l’évasion ratée), à laquelle il avait d’abord préféré le suicide, plus convenu, de Stephana. C’est dans cette dernière version qu’est le plus souvent donné l’opéra aujourd’hui. 

Olivier Rouvière
 

À lire :
- Daniele Cellamare, Umberto Giordano, éd. Palombi, Milan, 1967
- André Chénier de Giordano, in « L’Avant-Scène Opéra », n°121.

À écouter :
- Siberia par Francesca Scaini (Stephana), Jeong-Won Lee (Vassili), Vittorio Vitelli (Glèby), Eufemia Tufano (Nikona), Nicola Sette (Alexis, le Sergent), Chœur de chambre de Bratislava, Orchestre international d’Italie, dir. Manlio Benzi, 2 CD Dynamic (enregistrement sur le vif, Martina Franca 2003).

Avec l'aide de

EY
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